Cet article s’inscrit dans le cadre
d’une étude délibérément tiers-mondiste. Sa conception et son développement
établissent une approche indépendante et citoyenne libérée de tout prérequis ou
dogme idéologique immuable. L’objectif de la démarche est de mettre en garde
contre la formule très répandue de remplacer un empire par un autre. En
réalité, ils sont tous inspirés et opèrent à travers une logique prédatrice à
laquelle nul ne peut échapper : « étendre son autorité sur
l’autre » en quête d’objectifs purement mercantiles. C’est devenu un
postulat ! Une sorte de règle non-écrite qui s’impose aux Romains,
Anglais, Français, Allemands, Américains, Soviétiques…Chinois. En peu de mots,
l’objectif de ce papier est d’attirer l’attention des lecteurs/lectrices sur la
République Populaire de Chine, dite communiste, dans sa transition impériale. D’où
la réflexion, sans passion, d’un Afro-descendant dont le pays d’origine a subi
et continue de subir le poids colonial de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

La Chine est une nation qui traine
derrière elle une douloureuse histoire. Particulièrement marquée par des
guerres civiles, des coups d’état, d’interminables successions de dynasties,
telles que : Shang-QIM-Khan-Ming-Qing… des invasions étrangères (celles
des Nomades, des Mongols, des Britanniques et des Japonais).
En
1911, un soulèvement militaire mit fin à la dynastie Qing au profit du
républicanisme. Peu de temps après, en 1914, débuta la première guerre
mondiale. Dans le pays, les luttes fratricides firent rage pour le contrôle du
pouvoir politique. Cependant, le Traité de Versailles allait permettre
un ralliement unitaire entre les diverses fractions en conflit contre
l’occupation japonaise.
La Chine
n’avait jamais été une puissance impérialiste dans le passé. Ce fut une nation
très traditionnelle qui vivait au rythme de ses valeurs culturelles nationales.
S’il est vrai que l’ex-dirigeant Mao
Tsé-Toung tentait d’influencer quelques conflits politiques dans le monde,
c’était tout simplement une question de principe lié à son idéologie communiste
qui exigeait un certain engagement internationaliste. Mais en réalité, la Chine
se repliait sur elle-même à travers des programmes de développement national et
des tentatives de consolidation interne de pouvoir.
Mais
en 1972, une initiative américaine, ingénieusement préparée par le président Richard
Nixon, allait changer la donne. Ainsi, la prédiction de Napoléon de
1816, « Laissez donc la Chine dormir, car lorsque la Chine s'éveillera
le monde entier tremblera », allait devenir une réalité.
Du 21 au 28 février 1972, Richard Nixon et son
équipe séjournèrent en Chine. « La semaine qui a changé le monde »,
c’est ainsi que le président américain qualifia la visite. Pourquoi ?
D’abord, du point de vue stratégique, Nixon entendait exploiter le conflit
sino-soviétique autour d’une question frontalière qui avait mis militairement
les deux pays face à face. Il y avait eu mort d’homme. Il entendait se
rapprocher de la Chine, sous prétexte d’avoir un ennemi commun, l’Union
Soviétique, dans le but de freiner son influence dans le continent asiatique.
La Chine, longtemps isolée de l’ambiance internationale, voulait en profiter
pour sortir et s’ouvrir vers le commerce international. Donc, c’était une
rencontre bien calculée avec des gains mutuels certains. Mao Tsé-toung mourut quatre
ans après. Ce qui ouvrit le champ libre au pragmatique Ding Xiaoping de
tourner la page obscurantiste de la longue révolution culturelle de Mao
et de s’offrir pleinement à la modernité occidentale. « Si la Chine
ouvrira ses portes, des mouches entreront forcément », ou encore « Peu
importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu'il attrape les souris »,
l’objectif fondamental du chairman Deng Xiaoping consistait à offrir de
nouvelles opportunités économiques/technologiques/sociales aux nationaux.
En
octobre 2000, soit 18 ans après la visite de Richard Nixon, et 3 ans après la
mort de Deng Xiaoping, les Etats-Unis et la Chine signèrent leur premier traité
de libre-échange.
Aujourd’hui,
des 24.4 trillions de dollars de dettes des Etats-Unis aux gouvernements
étrangers, la Chine à elle seule compte plus de 1.13 trillions là-dedans. En
2014, la Banque Mondiale déclara que la Chine est la plus grande économie
mondiale en fonction de son PIB à parité de pouvoir d'achat (PPA). En 2019, son PIB PPA a atteint 27 000
milliards de dollars, quand celui des États-Unis fut de 22 000 milliards. Donc,
la République Populaire de Chine est incontournable au niveau de la vente et de
l’achat. Avec une économie en pleine croissance depuis près d’une décennie, cette
nation est très forte. En 2017, son exportation
fut de l’ordre de 2 157 milliards de dollars. Elle exporte tout :
matériels de communication, textiles, vêtements, machines électriques,
ordinateurs…L’Amérique est le plus grand consommateur des produits chinois avec
près de 20%. Pourtant, le tigre asiatique n’importait seulement de 8% des
Etats-Unis d’Amérique.
Voici
quelques chiffres qui pourraient vous donner une idée de ce que représente ce
pays sur l’échiquier mondial. L’état chinois produit plus de 71 milliards de tonnes
de textiles annuellement ; elle vend 858.300 automobiles par an dans le
monde ; elle abrite 430.000 entreprises étrangères ; elle possède
plus de 4000 banques d’épargne et de crédit ; elle construit plus de
60.000 kilomètres d’autoroute. En revanche, la Chine consomme plus de 8
millions de barils de pétrole par jour, ce qui fait que 16 des 20 villes les
plus polluées du globe sont situées là-bas. Sans oublier qu’elle consomme 25%
des produits de luxe à l’échelle planétaire. Il est important de souligner que
les Chinois sont les maitres de la contrefaçon dans le monde à 80%.
Forte de
ce degré de développement économique et social, la Chine devient
impérialiste. Dans un sens, il s’agit
d’un aboutissement naturel et logique. La surproduction, une étape supérieure
dans la création des richesses, est le premier passage qui exige un grand
besoin de consommateurs. Les peuples, trop gâtés par la consommation abondante
et luxueuse, sollicitent de plus en plus de leurs dirigeants. Cette étape dans
la vie d’un peuple projette des réverbérations de supériorité par rapport aux
autres qui n’atteignent pas ce même niveau élevé de vie.
La Chine
est entrée dans cette phase ou l’humanisme marxiste n’est plus au rendez-vous.
La domination et le profit défient toutes les autres logiques altruistes,
jugées trop lâches ; et, elle
s’impose comme les nouveaux crédos nationaux. L’idéologie prolétarienne
internationaliste est vite remplacée par la nécessite « d’étendre son
autorité sur d’autres peuples ». L’orthodoxie fait place à la real
politique.
Le grand
paradoxe chinois est d’autant plus étrange que grotesque. Le parti dit « communiste »
est au pouvoir depuis 1949 ; c’est le totalitarisme total. Les dirigeants Chinois
se réclament du socialisme. Cependant, la gestion économique du pays se fait
par l’application des lois du marché. Contradiction flagrante ! Certains
parlent d’économie socialiste de marché, deux termes totalement
antagoniques. En réalité, il n’y a pas encore une définition empirique de
l’expérience chinoise en cours ; même les chinois eux-mêmes n’arrivent pas
à en produire une formulation normative.
Mon avis personnel, c’est juste une étape
transitoire vers le système capitaliste avec des visées impériales soutenues.
Au cours
de l’année 2009, j’avais publié dans les colonnes de www.mondialisation.ca, un
article sous le titre « Flash ! Les rapaces sont de retour dans les
rues africaines ! ». En voici un extrait : « Jusqu’à
présent, les Chinois n’expriment aucune velléité soutenue de s’immiscer dans
les affaires politiques des pays où ils sont présents. Mais, pour combien de
temps cette « politique apolitique » va-t-elle tenir ? French Howard, un
ancien correspondant du journal New York Times pour l’Afrique, dans une interview accordée
au New Yorker» a opiné de cette façon : ‘Les Chinois sont apolitiques
dans le sens qu’ils ne sont porteurs d’aucun projet axé sur un système de
valeur (chinois), qu’ils tentent d’imposer dans les pays où ils en sont
opération. Cependant, ils sont politiques en terme de stratégies adoptées
conformément à la réalité de chaque pays africain’ (…) ». Ce que Howard French a négligé de mentionner,
c’est que les Chinois pratiquent « l’Art de la guerre » de Sun Tzu. L’économie
et les finances d’abord, la politique ensuite. C’est-à-dire, laisser les
Occidentaux s’empêtrer dans des conflits armés et religieux sans issus, tels
que : coup d’état, génocide à la rwandaise, autant que possible, détruisant
ainsi davantage leur crédibilité et leur position morale. Le Chinois s’imposera
alors comme l’alternative du moment, en temps et lieu.
J’avais
vu juste. L’impérialisme chinois est visible partout aujourd’hui. En Amérique
Latine et les Caraïbes, en particulier à la Jamaïque, il est si présent que
certains citoyens commencent à se questionner sur la forte présence jaune dans
leur pays. D’ailleurs, le « Jamaica Observer » du 24 avril 2020 dernier,
publia un article très révélateur sous
le titre « Chinese Firm takes over Kingston Freeport Management Company ».
Le gouvernement jamaïcain a été notifié par CMA CGM de l’intention de
transférer KFTL (Kingston Freeport Terminal Limited) à « Terminal
Link », avant l’annonce officielle de la transaction. Rien n’a été fait
pour stopper la marche impériale ascendante de la Chine dans les Caraïbes.
En
Afrique, c’est pire. Tous les pays de ce continent, à l’exception d’un seul état, établissent des rapports
diplomatiques avec la Chine. Avant, ils maintenaient des relations avec Taiwan.
C’est révolu maintenant. Ils sont forcés de choisir, car la condition
sine qua non imposée à tout pays, c’est de renoncer aux relations diplomatiques
avec Taiwan. De plus, un million de Chinois
prennent habitation sur le continent noir. Partout, on rencontre des
commerçants chinois. Ils sont motivés, financés et grassement payés pour s’y établir.
L’Afrique
a une dette de 143 milliards de dollars à l’égard de la Chine. La Zambie
s’apprête à céder le contrôle de la 3e mine de cuivre du pays aux
chinois, parce que ne pouvant plus honorer sa dette.
La
langue chinoise, le Mandarin, est officielle en Afrique du Sud et est
enseignée à l’école. En revanche, on n’introduit pas le Wolof, le Lingala, le
Yorouba, l’Oromo, l’Haoussa ou le Swahili…dans le système éducatif du
continent, qui sont des langues africaines de plusieurs millénaires.
La république
populaire chinoise est en train d’endetter l’Afrique comme les empires
occidentaux l’avaient fait auparavant.
Il s’agit d’une pratique malsaine qui consiste à prêter de fortes sommes
d’argent, hors de la capacité de remboursement de certains états africains, à
l’effet de les pressurer plus tard. Quand ils sont plus en mesure d’honorer le
paiement de ces dettes faramineuses, le gouvernement chinois intervient. Il
propose une soi-disant « négociation ».
Fort souvent, il entre en possession des secteurs économiques et financiers
clés de ces pays, comme les ports, aéroports, plusieurs centaines hectares de
terre…pour regagner leur argent.
D’ailleurs,
ils se foutent pas mal de la nature des gouvernements au pouvoir. Au contraire,
ils préfèrent conclure des affaires avec les plus corrompus ; c’est plus
juteux et moins exigeant. Il n’y a aucune morale dans les transactions
économiques et financières avec les autres pays, en particulier, ceux de
l’Afrique. Par-dessus tout, les responsables chinois (politiques et
économiques) affichent un racisme répugnant à l’égard des NOIRS. Ils
maltraitent leurs employés nègres : ils vont jusqu’à les fouetter comme
des esclaves s’ils n’arrivent pas à l’heure au boulot. Ils exploitent
sexuellement les femmes africaines.
En
dernier lieu, les 200.000 Africains qui séjournent en Chine ont vu de toutes
les couleurs. Sous les yeux de la police, parfois avec leurs participations,
les Noirs sont expulsés de leurs appartements et jetés dehors, sous prétexte
qu’ils sont porteurs de coronavirus. Ils ne peuvent plus fréquenter les marchés
publics, les magasins, les restaurants, les boites de nuit…Le gouvernement
chinois n’a levé le petit doigt pour faire respecter les droits des migrants noirs
conformément aux conventions internationales.
Aucune
prétention hégémonique n’est possible sans l’existence d’une forte armée et des
influences diplomatiques. La Chine est l’un des cinq membres du conseil
permanent des Nations Unies. Ce privilège permet de dominer l’échiquier
international, car jouissant du droit illimité de veto, il faut toujours
compter sur la Chine.
Ce géant
asiatique fait partie des huit (8) nations détentrices d’armes nucléaires dans
le monde. L’actuel président chinois_ XI Jinping, peu de temps après son arrivé
au pouvoir_, exprima clairement son intention de moderniser l’armée de son pays.
Ainsi, en 2015, dans son premier livre blanc « La feuille de route de
la défense », la nouvelle image de l’armada chinoise a été dessinée.
Quatre ans après, une deuxième version est apparue pour calmer les autres
puissances mondiales qui s’interrogeaient sur les vraies intentions militaires.
La Chine rassure. Cela n’empêche pas que les autorités locales aient consacré
1.8% du PIB au service de l’armée, soit 240 milliards de dollars l’an. Donc,
sur le plan militaire, les Chinois se mettent au diapason avec les succès
économiques des 25 dernières années afin de pouvoir répondre aux nouvelles
exigences géopolitiques à venir.
La Chine
a établi sa première base militaire en dehors du territoire national. « La Chine est après les Etats-Unis,
le 2e pays le plus impliqué dans les opérations de maintien de la
paix. C’est une position que la Chine défend d’autant plus qu’elle a pour la
première fois une base (militaire) à Djibouti. Une base qui pourrait accueillir
jusqu’à 10.000 hommes ». D’ailleurs, comme les occidentaux, les armes
chinoises envahissent les théâtres de guerre sur le continent africain, « Les
ventes d’armes chinoises à l’Afrique ont augmenté de 55%, depuis l’arrivée de
XI Jinping au pouvoir ». C’est une réaction normale, car la
nouvelle route de la soie a besoin du soutien militaire pour que cela soit
matérialisé. Parce qu’«Elle est à la
fois un ensemble de liaisons maritimes et de voies ferroviaires entre la Chine
et l'Europe passant par le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie, la Pologne,
l'Allemagne, la France… ». Pour combattre la piraterie maritime des
groupes bien organisés, il faut les armes et les dernières technologies.
Donc, la
Chine_ après avoir stratégiquement caché ses capacités militaires et son vaste
plan impérial pendant des décennies_ arrive à un l’un des carrefours les
historiques de son histoire. Aujourd’hui, elle exhibe tout. Le moment du profil bas est
terminé. Elle opte pour « être sur le devant de la scène mondiale ». En termes clairs, la phase
hégémonique s’impose.
Bonnie
Glaser, le directeur du « Think Tank » « China Power
Project », s’exprime à propos de la volonté impériale en ces
termes : « Lorsqu’elle voit des opportunités, la Chine se déplace
pour les exploiter. Et nous sommes à un moment où les chinois voient
définitivement des opportunités ». L’exploitation ipso facto de la décision
de Donald Trump de stopper temporairement la contribution américaine a la
puissant « Organisation Mondiale de la Sante-OMS » est le plus
probant exemple de l’agressivité chinoise sur l’échiquier international. Dans
moins de deux semaines, la Chine a réagi en offrant 30 millions de dollars de
plus a l’organisation et invite les autres états à faire de même.
En
conclusion, la Chine présente toutes les caractéristiques d’une puissance à
tentation impériale. La détermination est manifeste : les intrusions
hégémoniques hors de ses frontières sont connues, l’investissement et la
sophistication militaires sont perceptibles, l’ethnocentrisme arrogant, le
racisme barbare et désuet. Au pis-aller, la volonté du gouvernement de se
lancer à la conquête d’autres marchés et civilisations se trouvent dans
plusieurs discours du président XI Jinping. Il n’est que d’attendre la réaction
de l’occident, en particulier celle des Etats-Unis, qui n’entendent pas
partager la domination mondiale. Sommes-nous à la veille d’une autre 3ème
guerre mondiale ?
Car,
l’un des points communs de tout empire est la guerre !
Joel
Leon
Références
Jung chang,
Jon Holliday, « Mao, The Unknown History”, 2005.
Mao Zedong, “ Problèmes stratégiques de la Guerre
Révolutionnaire en Chine », Gallimard 2004.
Jacques Guillermaz, « L’histoire du parti communiste
chinois. Des origines à la conquête du pouvoir ». 2004.
Wikipédia, « Le traité de Versailles ».
Business
Insider, “China is making the most of the Coronavirus to dislodge the US as
the world’s main superpower”, James Pasley, April 29th, 2020.
Les Echos (www.lesechos.fr),
« La Chine Affirme Ses Ambitions de Puissance Militaire »,
Frederic Schaeffer, 24 Juillet 2019.
Le livre
blanc chinois, 2015 .
Deutsche Welle (www.dw.com),
“ La Diplomatie Militaire de la Chine en Afrique ». Eric Topona, 26
décembre 2018.
Institut Prospective et Sécurité en Europe-IPSE.
Stockholm
International Peace Research Institute-SIPRI, “Les ventes d’armes chinoises
a l’Afrique”.
World
Street Journal, “As Africa groans under debt, it casts wary eye at China”,
Joe Parkenson/James T Areddy/Nicholas Baryo, April 17th, 2020.
Vox.com,
“How China is ruthlessly exploiting the Coronavirus pandemic it helped cause”,
Alex Ward, April 28th, 2020.
Jamaican
observer, « Chinese Firm Takes over Kingston Freeport Management
Company”, Durant Pate, April 24th, 2020.