2012 une vision d’apocalypse Par James Petras | |
Le 29 decembre 2011 | |
La perspective économique, politique et sociale de 2012 est profondément négative. Quasiment tous les économistes orthodoxes de le pensée dominante sont pessimistes en ce qui concerne l’économie mondiale. Bien que, là aussi, leurs prédictions sous-estiment l’étendue et la profondeur de la crise, il y a de grandes raisons de croire que 2012 sera le début d’un déclin plus important que celui engendré par la Grande Récession de 2008-2009. Avec moins de ressources, plus de dette et une résistance populaire croissante, les gouvernements ne pourront pas sauver le système. Beaucoup des principales institutions et relations économiques qui ont été la cause et la conséquence de l’expansion capitaliste régionale et mondiale des 30 dernières années sont en train de se désintégrer et de sombrer dans le chaos. Les anciens moteurs économiques de l’expansion globale, les États-Unis et l’Union européenne, ont épuisé leurs ressources et sont clairement en déclin. Les nouveaux centres de croissance, la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie, qui pendant une “courte décennie” ont donné un nouvel élan à la croissance mondiale arrivent en fin de course, leur décélération est rapide et continuera pendant toute l’année prochaine. L’explosion de l’Union européenne En particulier l’Union Européenne gangrenée par la crise se désintègrera et au lieu des relations croisées actuelles on aura des accords de commerce ou d’investissement bilatéraux ou multilatéraux. L’Allemagne, la France, les Pays-Bas et les pays nordiques essayeront de négocier le virage. L’Angleterre — c’est à dire la Cité de Londres — dans son splendide isolement, basculera en croissance négative, ses organismes financiers s’évertuant à trouver de nouvelles opportunités de spéculation dans les états pétroliers du Golfe et autres “niches”. L’Europe centrale et l’Europe de l’est, en particulier la Pologne et la République tchèque, se rapprocheront de l’Allemagne mais souffriront des conséquences du déclin général des marchés mondiaux. L’Europe du sud (la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie) entreront dans une profonde récession et le règlement de l’énorme dette par des assauts sauvages sur les salaires et les avantages sociaux réduira drastiquement la demande des consommateurs. Le chômage et le sous-emploi dus à la récessions atteindront un tiers des personnes en âge de travailler et cela provoquera des conflits sociaux de longue durée qui s’élargiront en soulèvements populaires. L’explosion de l’Europe est presque inévitable. L’Euro, en tant que monnaie de référence, sera abandonné au profit de monnaies nationales nouvelles ou anciennes accompagnées de dévaluations et de mesures protectionnistes. Le nationalisme sera à l’ordre du jour. Les banques allemandes, françaises et suisses subiront d’énormes pertes sur les prêts consentis au Sud. Leur sauvetage engloutira des sommes énormes, clivant les sociétés allemandes et françaises en opposant les contribuables majoritaires aux banquiers. Le militantisme syndical et le pseudo “populisme” de droite (néo-fascisme) intensifieront les luttes nationalistes et les luttes de classe. Une Europe fragmentée et socialement déchirée sera moins susceptible de se joindre à une opération militaire israélo-étasunienne d’inspiration israélienne contre l’Iran (ou même la Syrie). L’Europe en crise s’opposera à une attitude agressive des États-Unis à l’égard de la Russie et de la Chine. États-Unis : la récession revient pour de bon Les États-Unis subiront les conséquences de leur énorme déficit fiscal et ne seront pas capables de contrecarrer financièrement la récession mondiale de 2012. Ils ne pourront pas non plus “externaliser” leur solution de la crise en se tournant vers l’Asie auparavant dynamique car la Chine, l’Inde et le reste de l’Asie sont en perte de vitesse économique. La Chine aura une croissance bien inférieure à ses 9 % habituels. L’Inde passera de 8 % à 5 % ou moins encore. De plus, la politique militaire “d’encerclement” pratiquée par le régime d’Obama et sa politique économique d’exclusion et de protectionnisme écarteront la possibilité que la Chine contribue à la relance. Le militarisme aggrave le déclin économique Les États-Unis et l’Angleterre seront les plus grands perdants de la reconstruction économique de l’Irak après la guerre. Les entreprises étasuniennes et anglaises obtiendront moins de 5 % des 186 milliards de projets d’infrastructures (Financial Times, 12/16/11, p 1 et 3). Ce sera sans doute la même chose en Libye et ailleurs. L’armée impériale étasunienne détruit un adversaire, creuse sa dette pour le faire, et des pays qui n’ont pas pris part au conflit récoltent les juteux contrats de la reconstruction économique d’après guerre. L’économie des États-Unis sombrera dans la récession en 2012 et la “relance sans emplois de 2011″ sera suivie d’une hausse importante du chômage en 2012. En fait la force de travail toute entière se contractera au fur et à mesure que ceux qui ne touchent plus d’indemnités de chômage cesseront de s’inscrire. L’exploitation des travailleurs (“la productivité”) s’intensifiera à mesure que les capitalistes forceront les travailleurs à travailler toujours plus pour un salaire toujours moindre, creusant ainsi le fossé entre les salaires et les profits. La récession économique et la hausse du chômage seront accompagnées de coupes sauvages dans les programmes sociaux pour subventionner les banques et les industries en difficulté. Les débats entre les partis politiques porteront sur l’importance des coupes qu’il faut imposer aux travailleurs et aux retraités pour gagner “la confiance” des actionnaires. Confronté a des choix politiques aussi limités, l’électorat réagira en ne réélisant pas les dirigeants sortants, en s’abstenant de voter et en organisant des mouvements de masse spontanés comme “occupy Wall Street”. L’insatisfaction, l’hostilité et la frustration domineront la culture. Les démagogues du Parti démocratique se serviront de la Chine comme bouc émissaire ; les démagogues du Parti républicain blâmeront les immigrants. Et les deux partis fulmineront contre les “fascistes islamistes”, en particulier contre l’Iran. Nouvelles guerres au milieu des crises : les sionistes tirent les ficelles Les “52 présidents des principales organisations juives étasuniennes” et leurs partisans “Israël avant tout” du Congrès étasunien, de Département d’État, du Trésor et du Pentagone inciteront à la guerre contre l’Iran. S’ils parviennent à leurs fins, il y aura une explosion régionale et une dépression mondiale. Étant donné la capacité du régime extrémiste israélien à obtenir du Congrès étasunien et de la Maison-Blanche une adhésion inconditionnelle à tous ses plans belliqueux, on ne peut écarter l’éventualité d’une aussi terrible catastrophe. Chine : les mécanismes compensatoires en 2012 La Chine affrontera la récession mondiale de 2012 avec plusieurs options disponibles pour diminuer son impact. Beijing peut modifier sa production et produire des marchandises et des services pour les 700 millions de consommateurs qui ne sont pas pris dans la tourmente économique. En augmentant les salaires, les services sociaux et la qualité de l’environnement, la Chine peut compenser la perte des marchés étrangers. La croissance économique de la Chine, qui s’origine en grande partie dans la spéculation du marché immobilier, sera affectée par l’éclatement de la bulle. Un recul sévère s’ensuivra provoquant des pertes d’emplois, des faillites municipales et l’augmentation des conflits sociaux et des conflits de classes. Cela pourra entraîner soit une plus grande répression soit une démocratisation graduelle. L’issue affectera profondément les relations commerciales de la Chine. La crise économique renforcera probablement le contrôle de l’état sur le marché. La Russie affronte la crise L’élection du Président Poutine diminuera le soutien de la Russie aux soulèvements et aux sanctions fomentés par les États-Unis contre les alliés et les partenaires commerciaux de la Russie. Poutine se rapprochera de la Chine et bénéficiera de l’éclatement de l’Europe et de l’affaiblissement de l’OTAN. L’opposition russe soutenue par les médias occidentaux utilisera son poids financier pour discréditer Poutine et promouvoir le boycott des investissements, ce qui ne les empêchera pas de perdre largement les élections présidentielles. La récession mondiale affaiblira l’économie russe et la forcera à choisir entre les nationalisations ou l’utilisation croissante des fonds de l’état pour tirer d’affaire les oligarques influents. La transition 2011-2012 : de la récession et la stagnation régionales aux crises mondiales L’année 2011 a posé les fondations de l’explosion de l’Union européenne. Les crises ont commencé avec la déconfiture de l’euro, la stagnation aux États-Unis et la déferlante dans le monde des manifestations populaires contre les indécentes inégalités. Les événements de 2011 ont donné un aperçu de ce que nous prépare 2012 : des guerres commerciales débridées entre les principales puissances, l’exaspération des luttes entre impérialistes et la perspective de soulèvements populaires qui tournent en révolutions. De plus, l’escalade de la fièvre belliciste orchestrée par les sionistes contre l’Iran en 2011 laisse présager la plus terrible guerre régionale depuis le conflit étasuno-indo-chinois. Les campagnes électorales et les résultats des élections aux États-Unis, en France et en Russie aggraveront les conflits mondiaux et les crises économiques. En 2011 le régime Obama a initié une politique de confrontation militaire avec la Russie et la Chine et des politiques destinées à gêner et retarder la montée de la Chine en tant que puissance économique mondiale. A cause de l’aggravation de la récession économique et du déclin des marchés étrangers surtout en Europe, une guerre commerciale d’envergure éclatera. Washington poursuivra une politique agressive visant à limiter les exportations et les investissements chinois. La Maison-Blanche intensifiera ses efforts pour empêcher le commerce et les investissements de la Chine en Asie, en Afrique et ailleurs. On peut s’attendre à des efforts renouvelés de la part des États-Unis pour exploiter les conflits ethniques et populaires intérieurs de la Chine et augmenter sa présence militaire le long des côtes chinoises. Une provocation majeure ou des incidents montés de toutes pièces ne sont pas à exclure. Tout cela pourrait mener en 2012 au nationalisme fanatique et à une nouvelle et coûteuse “Guerre Froide”. Obama a fourni le cadre et la justification d’une confrontation à grande échelle et de longue durée avec la Chine. Ce sera un effort désespéré pour maintenir l’influence étasunienne et ses positions stratégiques en Asie. Le “quadrilatère de pouvoir” de l’armée étasunienne — les États-Unis, le Japon, l’Australie et la Corée — avec le soutien des satellites philippins, essayera de détruire les liens commerciaux de la Chine au moyen de la puissance militaire de Washington. Europe : intensification de l’austérité et de la lutte des classes Les programmes d’austérité imposés à l’Europe, de l’Angleterre à la Lettonie en passant par l’Europe du Sud, seront la marque de 2012. Des licenciements massifs dans le secteur public et des salaires et des offres d’emploi en réduction dans le privé engendreront une guerre continuelle entre les classes sociales et la remise en question des régimes. Les “politiques d’austérité” du Sud provoqueront une incapacité de payer la dette qui entraînera la faillite de banques françaises et allemandes. La classe financière dominante anglaise, isolée de l’Europe, mais dominante en Angleterre, obligera le gouvernement conservateur à “réprimer” les révoltes populaires et syndicales. Un nouveau style de règle autocratique néo-thatcherienne verra le jour ; l’opposition syndicale formulera des revendications de pure forme tout en serrant la bride à la populace rebelle. En un mot, les politiques sociales économiques régressives développées en 2011 ont préparé le cadre dans lequel de nouveaux régimes policiers pourront réprimer dans le sang les travailleurs et les jeunes chômeurs sans avenir. Les guerres qui vont sonner le glas de “l’Amérique telle que nous la connaissons” Aux Etats-Unis, Obama a préparé le terrain pour une guerre plus importante au Moyen-Orient en déplaçant des troupes d’Irak et d’Afghanistan pour les concentrer sur l’Iran. Pour déstabiliser l’Iran, Washington multiplie les opérations militaires et civiles secrètes contre les alliés de l’Iran, en Syrie, au Pakistan, au Venezuela et en Chine. Voilà les ingrédients de la stratégie belliqueuse israélo-étasunienne contre l’Iran : des guerres dans les États voisins, des sanctions économiques internationales, des attaques cybernétiques pour mettre à mal les industries vitales et des assassinats ciblés de savants et d’officiels militaires. Le projet en son entier, de sa planification à son exécution, peut être attribué, sans risque d’erreur, à la configuration du pouvoir sioniste qui tient les positions stratégiques dans l’Administration étasunienne, les médias dominants et la “société civile”. Une analyse systématique des politiciens étasuniens du Congrès qui promeuvent et mettent en oeuvre la politique de sanctions montre que les rôles principaux sont tenus par des méga-sionistes (les adeptes du “Israël avant tout”) comme Ileana Ros-Lehtinen et Howard Berman, Dennis Ross à la Maison Blanche, Jeffrey Feltman au Département d’Etat et Stuart Levy et son remplaçant David Cohenson au Trésor. La Maison-Blanche est entièrement aux mains des collecteurs de fonds sionistes et fait ce que veulent les 52 présidents des principales organisations juives étasuniennes. La stratégie israélo-sioniste est d’encercler l’Iran, de l’affaiblir économiquement et de l’attaquer militairement. L’invasion de l’Irak a été la première guerre des États-Unis au bénéfice d’Israël ; la guerre de Libye, la seconde ; la guerre par personnes interposées contre la Syrie, la troisième. Ces guerres ont détruit les adversaires d’Israël ou sont en passe de les détruire. En 2011, les sanctions économiques destinées à créer de l’agitation intérieure en Iran ont été la principale arme sélectionnée. La campagne pour les sanctions internationales a mobilisé toute l’énergie des lobbys sionistes. Ils n’ont rencontré aucune résistance dans les médias dominants, ni au Congrès, ni dans les bureaux de la Maison-Blanche. La Configuration de Pouvoir Sioniste (CPS) n’a pas été l’objet de la moindre critique de la part des groupuscules, mouvements ou journaux de la gauche progressiste, à part quelques notables exceptions. Le repositionnement des troupes étasuniennes de l’Irak aux frontières de l’Iran, les sanctions et l’influence grandissante de la cinquième colonne israélienne aux États-Unis signifie que la guerre va s’étendre aux Moyen-Orient. Cela implique sans doute une attaque aérienne “surprise” de missiles par les forces étasuniennes. Elle sera justifiée par une prétendue “attaque nucléaire imminente” inventée par le Mossad israélien et transmise dans les termes exacts par le CPS à ses laquais du Congrès étasunien et de la Maison-Blanche pour être officialisée et diffusée au monde entier. Ce sera une guerre meurtrière, sanglante et longue au profit d’Israël ; les États-Unis en paieront le prix militaire direct et le reste du monde paiera un prix économique élevé. La guerre étasunienne fomentée par les sionistes fera évoluer la récession du début de 2012 en une profonde dépression vers la fin de l’année et provoquera sans doute des soulèvements populaires massifs. Conclusion Tout indique que 2012 sera une année déterminante dans la crise économique dévastatrice qui s’étend de l’Europe et des États-Unis vers l’Asie et leurs états-clients d’Afrique et d’Amérique Latine. La crise sera vraiment mondiale. Les conflits entre les pays impérialistes et les guerres coloniales saperont touts les efforts pour mettre fin à la crise. En réaction, des mouvements de masse verront le jour et les manifestations et les soulèvements se transformeront avec le temps, espérons-le, en révolutions sociales qui amèneront un changement du pouvoir politique. Article original en anglais: http://dissidentvoice.org/2011/12/a-doomsday-view-of-2012/ Traduction : Dominique Musselet, Info-Palestine.net James Petras, ancien professeur de Sociologie à l’université de Binghamton, New York, conseille les personnes qui n’ont ni terre ni travail au Brésil et en Argentine. Il a co-écrit Globalization Unmasked (Zed Books). Son dernier livre est : The Arab Revolt and the Imperialist Counterattack. Son site : http://petras.lahaine.org/ | |
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Sunday, January 8, 2012
2012 UNE VISION D'APOCALYPSE
THE GLOBALIZATION OF WAR: THE " MILITARY ROADMAP" TO WORLD AR III
The Globalization of War: The "Military Roadmap" to World War III ONLINE INTERACTIVE READER By Michel Chossudovsky and Finian Cunningham | |
Global Research, January 31, 2012 | |
GLOBAL RESEARCH ONLINE INTERACTIVE READER SERIES GR I-BOOK No. 2 The Globalization of War The "Military Roadmap" to World War III Michel Chossudovsky and Finian Cunningham (Editors) December 2011 INTRODUCTION [scroll down for Reader's Table of Contents] The Pentagon’s global military design is one of world conquest. The military deployment of US-NATO forces is occurring in several regions of the world simultaneously. The concept of the “Long War” has characterized US military doctrine since the end of World War II. The broader objective of global military dominance in support of an imperial project was first formulated under the Truman administration in the late 1940s at the outset of the Cold War. In September 1990, some five weeks after Saddam Hussein’s Iraq invaded Kuwait, US President and Commander in Chief George Herbert Walker Bush delivered a historical address to a joint session of the US Congress and the Senate in which he proclaimed a New World Order emerging from the rubble of the Berlin Wall and the demise of the Soviet Union. Bush Senior had envisaged a world of "peaceful international co-operation", one which was no longer locked into the confrontation between competing super powers, under the shadow of the doctrine of "Mutually Assured Destruction" (MAD) which had characterized the Cold War era. George H Walker Bush addressed a Joint Session of the US Congress and the Senate, September 1990 Bush declared emphatically at the outset of what became known as "the post-Cold War era" that: “a new partnership of nations has begun, and we stand today at a unique and extraordinary moment. The crisis in the Persian Gulf, as grave as it is, also offers a rare opportunity to move toward an historic period of cooperation. Out of these troubled times… a new world order can emerge: A new era freer from the threat of terror, stronger in the pursuit of justice and more secure in the quest for peace. An era in which the nations of the world, east and west, north and south, can prosper and live in harmony.” Of course, speeches by American presidents are often occasions for cynical platitudes and contradictions that should not be taken at face value. After all, President Bush was holding forth on international law and justice only months after his country had invaded Panama in December 1989 causing the deaths of several thousand citizens – committing crimes comparable to what Saddam Hussein would be accused of and supposedly held to account for. Also in 1991, the US and its NATO allies went on to unleash, under a “humanitarian” mantle, a protracted war against Yugoslavia, leading to the destruction, fragmentation and impoverishment of an entire country. Nevertheless, it is instructive to use Bush Senior’s slanted vision of a “New World Order” as a reference point for how dramatically the world has changed in the intervening 20 years of the so-called post-Cold War era, and in particular how unilaterally degenerate the contemporary international conduct of the US has become under the Clinton, G. W. Bush Junior and Obama administrations. Bush Senior's "promise" of world peace has opened up, in the wake of the Cold War, an age of continuous warfare accompanied by a process of economic dislocation, social devastation and environmental degradation. In a bitter irony, this concept of peaceful international co-operation and partnership was used as a pretext to unleash The Gulf War, which consisted in "defending the sovereignty" of Kuwait and “upholding international law” following the Iraqi 1990 invasion. Global Warfare We are dealing with a global military agenda, namely “Global Warfare”. Far from a world of peaceful cooperation, we are living in a dystopian world of permanent wars – wars that are being waged in flagrant contravention of international law and against public opinion and interest. Far from a “new era more secure in the quest for peace” we may see a world more akin to George Orwell’s 1984, dominated by perpetual conflict, insecurity, authoritarian surveillance, doublethink and public mind control. A problem for many citizens is that “doublethink and mind control” have become so deeply embedded and disseminated by the mass media, including the so-called quality free press, such as The New York Times and The Guardian. The Post 9/11 Era: America's Doctrine of Pre-emptive Warfare Allegedly sponsored by Al Qaeda, the 9/11 attacks on the World Trade Center and Pentagon played a central role in molding public opinion. One of the main objectives of war propaganda is to "fabricate an enemy". The "outside enemy" personified by Osama bin Laden is "threatening America". Pre-emptive war directed against "Islamic terrorists" is required to defend the Homeland. Realities are turned upside down: America is under attack. In the wake of 9/11, the creation of this "outside enemy" served to obfuscate the real economic and strategic objectives behind the American-led wars in the Middle East and Central Asia. Waged on the grounds of self-defense, the pre-emptive war is upheld as a "just war" with a humanitarian mandate. "The Outside Enemy" Osama bin Laden, portrayed by the mainstream media From the outset of the Soviet-Afghan war in the early 1980s, the US intelligence apparatus has supported the formation of the "Islamic brigades". Propaganda purports to erase the history of Al Qaeda, drown the truth and "kill the evidence" on how this "outside enemy" was fabricated and transformed into "Enemy Number One". The US intelligence apparatus has created it own terrorist organizations. And at the same time, it creates its own terrorist warnings concerning the terrorist organizations which it has itself created. Meanwhile, a cohesive multibillion dollar counterterrorism program "to go after" these terrorist organizations has been put in place. Instead of “war” or “state terrorism”, we are told of “humanitarian intervention” directed against "terrorists". Instead of “offence”, we are told of “defense” or “protection”. Instead of “mass murder” we are told of “collateral damage”. A good versus evil dichotomy prevails. The perpetrators of war are presented as the victims. Public opinion is misled: “We must fight against evil in all its forms as a means to preserving the Western way of life.” Breaking the "Big Lie" which presents war as a humanitarian undertaking, means breaking a criminal project of global destruction, in which the quest for profit is the overriding force. This profit-driven military agenda destroys human values and transforms people into unconscious zombies. Spawning Militarism: "War is Normal" In truth, as this new Interactive Reader from Global Research will demonstrate, we are living in an era hallmarked by “The Globalization of War” conducted by the very states that proclaim to be defenders of democratic rights and international law. The chief protagonist of this globalized war is the United States of America. The US, along with its allies in the North Atlantic Treaty Organization (NATO), Britain, France, Canada and Germany among others, as well as an array of proxies – such as the Persian Gulf Arab states – is now emboldened to strike militarily in any region of the world. It should be noted that on a tour of the Asia-Pacific region in November 2011, US President Barack Obama’s rhetoric was laden with bellicose statements towards China, citing the latter as a military threat to the hemisphere that the United States was ready to confront. Obama’s aggressive rhetoric towards Beijing should have been widely seen as unprecedented and unacceptable. But from a reading of the Western mainstream media, the warmongering by the US president was somehow made into normal, reasonable discourse. This spawning militarism is rationalized with a variety of seemingly palatable pretexts: securing the world against "Islamic terrorism", as in Afghanistan; securing the world against "weapons of mass destruction", as in Saddam’s Iraq and currently Iran; defending human rights, as in Libya; humanitarian intervention, as in Somalia; and protecting small nations, as in confronting China on behalf of Southeast Asian states, or constructing a Ballistic Missile Defense system along the Eastern European borders of Russia. And again, the Western mainstream media plays a huge role in rationalizing the irrational, normalizing the abnormal, justifying the unjustifiable – akin to the Ministry of Truth in Orwell’s 1984. We may accept these pretexts at face value and attempt to “normalize” a world of seemingly chaotic conflicts, as the Western mainstream media would have us. Or we can choose to see the world as it really is, that is, one where such wars and war-making are correctly understood as abominations of international law and human relations. It is our objective in this Interactive Reader to help citizens free themselves from the indoctrinated doublethink of “wars as normal”. In a global survey, we will show that the US and its allies are fulfilling an agenda of “full spectrum dominance” in which no nation deemed to be obstructing that agenda for domination by the US and its allies is tolerated, and is in fact made a target for war. The dynamic for globalized war has deep historical roots in the imperialism of capitalist governments. Rivalry for the raw materials of capitalist economies and geopolitical control were at the root of World Wars I and II - See the essays by Jacques Pauwels on the role of corporate America in supporting both Britain and Nazi Germany. The same impetus lay behind countless invasions and proxy wars in Latin America, Asia and Africa by the US since World War II under the guise of “defending the free world from the Evil Soviet empire”. But with the collapse of the Soviet Union as a countervailing power, the US and its allies have become uninhibited over the past two decades to “go it alone” to assert imperial dominance. This dynamic has only been reinforced by the economic exhaustion of the capitalist powers since the onset of the financial crisis of 2008. Indeed, the rise of militarism can be seen as a compensatory corollary of their economic demise – a demise that is structural and deeply protracted beyond anything that may be deemed as the usual “end of business cycle”. We are perhaps witnessing an historic collapse in the capitalist system far greater in scope than the Great Depression. And with that, disturbingly, the rise of militarism takes on a much greater significance. Crucial to the global control of resources are the raw materials of energy: oil and gas. Whether it is wars in Iraq, Afghanistan or Libya, or confrontation with Iran, China, Russia and Venezuela, the fundamental point of contention is control over this lifeblood of the capitalist economy. All other espoused pretexts are mere window dressing, regardless of what the mainstream media would have us believe. World War III Scenario The launching of an outright war using nuclear warheads against Iran – which has the world’s third largest known reserves of oil behind Saudi Arabia and Iraq – has been on the drawing board of the Pentagon since 2005. If such a war were to be launched, the entire Middle East/Central Asia region would be drawn into a conflagration. Humanity would be precipitated into a World War III scenario. Incredibly, the very real danger of World War III is not front-page news. The mainstream media has excluded in-depth analysis and debate on the implications of these war plans. The onslaught of World War III, were it to be carried out, would be casually described as a “no-fly zone”, an operation under NATO’s “Responsibility to Protect” (R2P) with minimal “collateral damage” or as “surgical” punitive bombings against specific military targets, all of which purport to support “global security” as well as “democracy” and human rights in the targeted country. NATO's "Humanitarian Intervention" Mandate defined in an ICISS report on R2P Public opinion is largely unaware of the grave implications of these war plans, which contemplate the use of nuclear weapons, ironically in retaliation to Iran's non-existent nuclear weapons program. Moreover, 21st Century military technology combines an array of sophisticated weapons systems whose destructive power would overshadow the nuclear holocausts of Hiroshima and Nagasaki. Lest we forget, the United States is the only country to have used nuclear weapons against civilians. Militarization at the global level is instrumented through the US military’s Unified Command structure: the entire planet is divided up into geographic Combatant Commands under the control of the Pentagon. According to former NATO Commander General Wesley Clark, the Pentagon’s military road-map consists of a sequence of war theaters: “[The] five-year campaign plan [includes]... a total of seven countries, beginning with Iraq, then Syria, Lebanon, Libya, Iran, Somalia and Sudan.” Like a cancer, the US war unleashed in 2003 on Iraq is mutating into a global disease. While The New York Times and other mainstream media outlets hailed 15 December 2011 as marking the “official” end of the nearly nine-year US war in Iraq, in reality that devastated country will remain an American war theater for the foreseeable future. Pentagon military advisers and contractors will continue to reside there and the people of Iraq will for generations be left with a legacy of US-imposed conflict and barbarity. The Pentagon’s “shock and awe” campaign in Iraq may have subsided, but its repercussions and criminal precedents are still very much extant, not only in Iraq but in the wider region and, increasingly, globally. The 2000 Project for the New American Century (PNAC), which was the backbone of the NeoCon's agenda, was predicated on “waging a war without borders”. The PNAC's declared objectives were to “fight and decisively win multiple, simultaneous major theater wars” in different regions of the world as well as perform the so-called military “constabulary” duties “associated with shaping the security environment in critical regions”. Global constabulary implies a worldwide process of military policing and interventionism, including covert operations and “regime change”. This diabolical military project formulated by the NeoCons was adopted and implemented from the very outset of the Obama administration. With a new team of military and foreign policy advisers, Obama has been far more effective in fostering military escalation than his White House predecessor, George Bush Junior, who has recently been condemned by the Kuala Lumpur War Crimes Tribunal for “Crimes against the Peace”. This continuum of the military agenda testifies to the fact that the two governing parties in the US, Democrat and Republican, are but two sides of a centrally planned military-industrial complex that is impregnable to the opinions, desires and interests of the American electorate. Military Escalation and Preview of this Book Contrary to the myth of “the good war”, we show in this Interactive Reader that the US entry into World War II was a deliberate strategy for self-serving imperialist gains. While the men and women who fought that war may have had moral convictions, the planners in Washington were operating on calculations of geopolitical control that had little to do with morals or legal principles – see the essays by Jacques Pauwels. The dropping of atomic bombs on Japan by the US in August 1945, obliterating hundreds of thousands of civilians, was an act of heinous barbarity that reflected the callousness of America's imperial design. The nuclear holocaust also set the nefarious parameters of the subsequent Cold War that gripped the world for nearly five decades following World War II. Essays by Brian Willson, Alfred McCoy and Michel Chossudovsky illustrate how the Pentagon’s genocidal wars in Asia were a continuation of America’s imperialist design – albeit under the cover of the Cold War against the Soviet Union. Hiroshima mushroom cloud. By executive order of President Harry S. Truman, the U.S. dropped the nuclear bomb "Little Boy" on Hiroshima, Monday, August 6, 1945 Nagasaki, August 9, 1945 Survivors: August 1945. In the wake of Hiroshima The fall of the Soviet Union may have brought an end to the Cold War, but soon the US would find new pretexts for waging war on the world and asserting hegemony on behalf of its capitalist allies. These new pretexts included “upholding international law” as in the First Gulf War against Iraq that Bush Senior embarked on in 1990, presaging the Second Gulf War that Bush Junior would reprise in 2003. And the US planners innovated the “humanitarian” pretext for the invasion of Somalia in 1991 and NATO’s war on Yugoslavia – see the essay by Sean Gervasi among others. In many ways, the “humanitarian war” in Yugoslavia served as the prototype for NATO’s 2011 military attack on Libya and what appears to be an imminent onslaught against Syria – see essays by Rick Rozoff and Mahdi Darius Nazemroaya. To the Pentagon’s silo of propaganda justifying “wars without borders” we have the additional pretexts of the “global war on terrorism” and “pre-emptive strikes against weapons of mass destruction”. Fittingly, as Washington’s wars multiply, so too it seems have the phony pretexts for these wars, as the essays on Iraq and Afghanistan by Felicity Arbuthnot and Jack Smith reveal. Permanent Belligerence: The Globalization of War Of most immediate concern are the ongoing American-led war plans within the broader Middle East/Central Asian region involving coordinated actions against Iran, Syria and Pakistan – see essays by Michel Chossudovsky, Tom Burghardt, Rick Rozoff and Mahdi Nazemroaya. In Part VII, which also serves as the title of this Online Interactive E-Reader, The Globalization of War, we show how American-led imperialism has evolved from bloody bouts of episodic militarism over several decades to the present day state of permanent belligerence, with wars or war-making stretching from North and East Africa into the Middle East and Central Asia and beyond to Eurasia (Russia), the Far East (China) and Arctic (Russia again) – See the essays by James Petras, Rick Rozoff, Peter Dale Scott, F. William Engdahl, Finian Cunningham, the interview with Fidel Castro, Michel Chossudovsky and Jules Dufour. Were these war plans to be carried out, this would lead to an extended regional war theater. The three existing and distinct war theaters (Iraq, Afghanistan and Palestine) would merge into a broad regional war extending from the Lebanese-Syrian East Mediterranean coastline to the Afghanistan-Pakistan border with Western China. Israel, Lebanon and Turkey would be engulfed in a conflict that would herald World War III. Building an Effective Antiwar Movement Meanwhile, the antiwar movement is in crisis: civil society organizations are misinformed, manipulated or co-opted. A large segment of “progressive” opinion is supportive of NATO’s R2P “humanitarian” mandate to the extent that these war plans are being carried out with the “rubber stamp” of civil society. There is an urgent need to rebuild the antiwar movement on entirely new premises. The holding of mass demonstrations and antiwar protests is not enough. What is required is the development of a broad and well-organized grassroots antiwar network, across the land, nationally and internationally, which challenges the structures of power and authority. People must mobilize not only against the military agenda – the authority of the state and its officials must also be challenged. Challenging and defeating the US/NATO global war agenda is profoundly predicated on the mass of people in Western countries asserting democratic governance and the genuine “rule of the people”. It will involve the mass of people breaking out of the two-party charade that hitherto passes for “democracy” – not only in the US but also in other Western states – to form new political organizations that truly represent the needs and interests of the majority of people. War-making, as with servile abeyance to corporate and financial elites, is endemic to the dominant political parties. It must be realized that voting for these same parties has become futile as a means to effect democratic change. One practical way forward is for citizens to empower themselves legally. It should be understood that whatever its justification, war is a “Crime against the Peace” under Nuremberg. George Walker Bush and former British Prime Minister Anthony L. Blair have been condemned by the Kuala Lumpur War Crimes Tribunal for waging a criminal war of aggression against Iraq. They are war criminals and citizens' initiatives that are growing across the world for the arraignment of Bush and Blair are one practical step towards mobilizing a popular challenge to the war system. War crimes, however, are not limited to the former US president and British prime minister. There are "New War Criminals on the Block". They include the current president of the United States, Barack Obama, among others. The acting heads of state and heads of government who support US-NATO-Israel wars of aggression are also war criminals under international law. This proposition, which consists in unseating the war criminals in high office, is central to the waging of an effective antiwar movement. It is also our intention to show citizens that the root cause of war lies in the prevailing, but failing, global capitalist economic system – the very system that is not only destroying lives in foreign countries but which is destroying the material and moral foundations of Western society. We hope that this Interactive Reader, The Globalisation of War, will empower citizens to mount an all-encompassing social movement against this diabolical military agenda and for the establishment of real democracy. Michel Chossudovsky and Finian Cunningham, December 2011 | |
Sunday, December 11, 2011
L'Occident en declin: La fuite en avant d'une 3e guerre mondiale
L'Occident en déclin : La fuite en avant d'une 3e guerre mondiale Par Pr Chems Eddine Chitour | |
Le 11 decembre 2011 | |
La fuite en avant d'une 3e guerre mondiale «Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés que des armées permanentes. Si le peuple américain permet aux banques privées de contrôler l'émission de leur monnaie, d'abord par l'inflation, puis par la déflation, les banques et les sociétés priveront le peuple de toute propriété jusqu'à ce que leurs enfants se réveillent sans-abri sur le continent que leurs pères avaient conquis.» Thomas Jefferson, président des Etats-Unis d'Amérique Après l'implosion de l'empire soviétique, ce fut comme on le sait, «la fin de l'histoire» selon le mot de Fukuyama avec une « pax americana » qui paraissait durer mille ans. Le peuple américain se voulant lui aussi, «peuple élu» comme le martèle «la destinée manifeste», c'est à lui d'éclairer le monde au besoin par le napalm. (...)Dans une conjoncture caractérisée par la rareté des matières premières, 90% des terres rares sont en Chine qui ne les vend qu'avec parcimonie. La débâcle financière des Etats-Unis et de l'Europe a amené les Etats-Unis et l'Europe à ne plus s'embarrasser de «principes», ils prennent par la force aux pays faibles leurs ressources comme c'est le cas de Kadhafi crucifié par l'Occident qui ne s'arrête pas de déstabiliser sous des dehors de démocratie qui ne trompent plus personne. Pourquoi le maillage mondial de la planète? On sait que la marine américaine sillonne les mers et accoste de temps à autre pour montrer sa puissance comme au bon vieux temps de la guerre froide et tissant un réseau de plus en plus dense de bases américaines en dehors du territoire des Etats-Unis. En effet, la plupart des sources de renseignements sur cette question (notamment C. Johnson, le Comité de surveillance de l'Otan, l'International Network for the Abolition of Foreign Military Bases, etc.) révèlent que les Étatsuniens possèdent ou occupent entre 700 et 800 bases militaires dans le monde. Un document de 2002 permet de constater la présence de militaires étatsuniens dans 156 pays, de leur présence sur des bases étatsuniennes dans 63 pays, des bases récemment construites (depuis le 11 septembre 2001) dans sept pays et un total de 255.065 effectifs militaires. Selon Gelman, en se basant sur les données officielles du Pentagone de 2005, les USA possèderaient 737 bases à l'étranger. (1) Pour le professeur Jules Dufour, l'emprise de la puissance militaire des États-Unis dans le monde est considérable et ne cesse d'augmenter. Les Étatsuniens considèrent la surface terrestre comme un terrain à conquérir, à occuper et à exploiter. La division du monde en unités de combat et de commandement illustre fort bien cette réalité. Dans ce contexte, il nous semble que l'humanité se trouve ainsi contrôlée, voire attachée à des chaînes dont les maillons constituent les bases militaires. Le processus de redéploiement des installations militaires est conduit sous la gouverne de la force, de la violence armée, de l'intervention à travers des accords de «coopération» dont les velléités de conquête sont sans cesse réaffirmées dans le design des pratiques du commerce et des échanges. Le développement économique est assuré par la militarisation ou le contrôle des gouvernements et des sociétés et des ressources immenses sont sacrifiées pour permettre ce contrôle dans la plupart des régions dotées de richesses stratégiques pour consolider les bases de l'Empire. (1) On l'aura compris, cette mainmise sur les matières premières de plus en plus rares va susciter des tensions de plus en plus vives. Cependant, la situation n'est plus la même que celle qui prévalait après la chute de l'empire soviétique il y a vingt ans. Souvenons-nous à l' époque, George Bush père avait annoncé un nouvel ordre. L'empire n'avait personne en face. Hubert Védrine, ministre français des Affaires étrangères, a pu parler d'hyperpuissance. C'est dans ce cadre que l'on apprend que les Chinois ne sont pas contents du sort du Pakistan bombardé et qui a perdu 26 soldats. De plus, il voit d'un très mauvais oeil la tentative d'encerclement par le déploiement jusqu'à 2 500 marines en Australie. Selon une dépêche de l'AFP, le président chinois Hu Jintao a appelé mardi 6 décembre à la marine de se préparer pour le combat militaire, au milieu de la montée des tensions régionales sur les différends maritimes et d'une campagne américaine de s'affirmer comme une puissance du Pacifique. S'adressant à la puissante Commission militaire centrale, Hu a déclaré: « Notre travail doit étroitement encercler le thème principal de la défense nationale et la construction militaire.» L'agence de nouvelles officielle Xinhua a cité le président que de dire la marine chinoise devrait «faire des préparatifs pour la guerre prolongée». (2) « Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a averti le mois dernier contre l'ingérence des «forces extérieures» dans les différends territoriaux régionaux, y compris ceux de la mer de Chine méridionale. Alors qu'Hillary Clinton est arrivée le 30 novembre au Myanmar pour une visite de deux jours, la Chine a d'ores et déjà pris les devants. Le vice-président chinois Xi Jinping a reçu lundi à Pékin le chef des forces armées birmanes, Min Aug Hlaing, et lui a rappelé combien la Chine souhaite oeuvrer à un «partenariat stratégique» avec le Myanmar, rapporte le South China Morning Post. Le quotidien de Hong Kong précise que «l'intention du Myanmar est de montrer qu'il ne laissera pas ses relations avec la Chine se détériorer... et qu'il cherche toujours à équilibrer ses intérêts entre l'Orient et le camp occidental». L'armée chinoise a effectué de grandes manoeuvres militaires près du Pakistan en réponse à l'installation des troupes américaines dans la région. En réponse à la montée de l'hostilité occidentale envers l'Iran, le major général Zhang Zhaozhong a remarqué que «la Chine n'hésiterait pas à protéger l'Iran même si cela doit déclencher une troisième guerre mondiale», des commentaires qui ont suscité beaucoup de débats en Chine même. (...) L'ambassadeur de la Chine à l'ONU a prévenu le directeur de l'Aiea, Yukiya Amano, de ne pas fabriquer de preuve ´´sans fondement´´ afin de justifier une attaque sur l'Iran au nom d'arrêter son programme nucléaire controversé.»(2) Du côté russe, la même inquiétude amène là aussi à une mobilisation notamment avec le déploiement du bouclier en Europe. Le général russe Nikolaï Makarov a déclaré la semaine dernière: « Je n'exclus pas des conflits armés locaux et régionaux en développement vers une guerre à grande échelle, y compris en utilisant des armes nucléaires.» Les tensions mondiales entre l'Orient et l'Occident ont explosé ces quinze derniers jours quand l'ambassadeur de Russie, Vladimir Titorenko et 2 de ses adjoints en provenance de Syrie, ont été brutalement agressés par les forces de sécurité du Qatar soutenu par la CIA et des agents du MI6 britannique. Ces derniers ont tenté d'accéder à une valise diplomatique contenant des informations des services de renseignement syriens à propos de l'invasion de la Syrie et l'Iran par les États-Unis. (...) Un journaliste américain, Greg Hunter, explique pourquoi «le monde est-il devenu hors de contrôle?». Il révèle que la totalité de l'économie occidentale s'effrite sous le poids de plus de 100.000 milliards de $ de dette qu'ils ne sont pas en mesure de rembourser: «Jamais dans l'histoire, le monde n'a été aussi proche d'un chaos financier total et la guerre nucléaire dans le même temps.» (3) Enfin, un bulletin du ministère de la Défense publié par le Premier ministre Poutine déclare aujourd'hui que le président Medvedev ainsi que le président Hu ont «validé un accord de principe» sur le fait que la seule façon d'arrêter l'agression de l'Occident dirigée par les États-Unis se fera par «action militaire directe et immédiate» et que le dirigeant chinois a ordonné à ses forces navales de se «préparer à la guerre». (4) Claude Jacqueline Herdhuin résume bien cette tentation permanente de l'empire en écrivant que la vraie guerre est d'ordre financier: « Les États-Unis veulent rester le chien de garde du monde, peu importe si ce chien, aujourd'hui galeux et aveugle, n'est plus à la hauteur. Parfois, la sagesse et l'intelligence veulent qu'on se replie, mais l'Administration étatsunienne, sous la houlette des industries de la finance et militaire, continue de prétendre dominer la planète. Il suffit cependant d'un peu de perspicacité et de bon sens pour constater que cette puissance moribonde ne fait plus trembler le monde.» (5) La coalition de la Chine et de la Russie « Après avoir décapité et mis à genoux la Libye, dans le but de fragiliser la région et d'isoler l'Iran, force est de constater que l'Occident est en très mauvaise position. (...) Les pays membres de l'Otan sont pris à la gorge. Leur économie subit les conséquences d'une crise savamment orchestrée par le monde de la finance.... L'économie américaine va mal, l'Europe «tient encore le coup» sous la houlette d'Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, mais le chien de garde moribond ne s'avoue pas vaincu et menace de mordre: (...) L'intervention armée est certes utilisée, mais la véritable guerre se joue dans le monde de la finance. La menace de Standard & Poor's en est la preuve flagrante. Et les populations sont les otages et les principales victimes de cette guerre.(...) Après la Libye, l'Otan a un oeil sur la Syrie. Cela lui permettra d'isoler davantage l'Iran. Mais la République islamique d'Iran est une cible beaucoup plus difficile. En s'attaquant à cette dernière, l'Occident se mettra à dos les pays de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), créée en 2001 par les présidents de cinq pays eurasiatiques: la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan, auxquels s'est joint l'Iran en 2005. L'OCS représente clairement une volonté de ces pays de s'unir face à l'Occident. Cela peut être interprété comme un nouveau bloc de l'Est. Et cela représente un avantage indéniable: le retour à un équilibre après la chute du bloc de l'Est qui a permis une «dictature» mondiale des États-Unis. (...) Une fois de plus, les pays dominants appliquent deux poids, deux mesures: Israël (soutenu par Washington) a le droit de menacer l'Iran avec son arme nucléaire, mais Téhéran n'a pas le droit à cette arme sous prétexte que cela serait une menace pour la sécurité d'Israël et du monde dit civilisé».(5) Pour Bani Sadr, ancien président iranien, l'Occident clame que le programme atomique iranien pose problème car il aurait une dimension militaire. Mais vous savez que WikiLeaks a publié des rapports secrets. Certains de ces rapports concernent ce Monsieur Yukika Amano, le Japonais qui dirige l'AEIA: selon ces rapports, ce sont les Américains qui l'ont soutenu pour devenir directeur de l'Aiea et il s'est engagé à agir dans le sens de la stratégie des Etats-Unis. (...) Ce dont les responsables occidentaux ne veulent pas parler c'est que la question essentielle pour eux est de contrôler l'ensemble de la région. M. Bush avait ce projet d'amener la démocratie au Grand Moyen-Orient. Ce Grand Moyen-Orient vise en réalité à établir un contrôle par les Etats-Unis de l'Afrique du Nord jusqu'au Pakistan. (...) Ils sont intervenus en Libye, ils ont détruit un pays pour établir une démocratie, mais personne ne voit cette démocratie. Ce qu'on voit est une insécurité et une pauvreté plus grandes. Ils cherchent, en réalité, à détruire pour reconstruire, payant très cher ensuite les compagnies occidentales qui vont là-bas pour reconstruire.(...) Je ne crois pas que les Etats-Unis aient les moyens d'imposer leur hégémonie à la Chine, ou même aux pays plus petits de la région du Pacifique, ou encore, à l'Inde. Parce qu'à mon avis, les Etats-Unis ne sont plus une superpuissance, ils sont en train de devenir un pays comme un autre. » (6) « Avec le Japon et les autres pays asiatiques, ils sont plus importants aujourd'hui que l'ensemble de l'Occident. (...) Ce qu'ils cherchent, par contre, c'est contrôler le pétrole et le gaz. Ils pensent qu'en contrôlant les deux centres que sont l'Asie centrale et le Golfe persique, ils pourront dialoguer d'égal à égal, voire établir une supériorité marginale sur l'Asie. Ce qu'ils veulent, c'est contrôler le pétrole et le gaz. Leur justification: après le départ des Etats-Unis d'Irak, l'Iran deviendrait la puissance hégémonique dans la région, en raison de la fameuse ceinture verte du chiisme [ndR] Changer le régime en Syrie, rétablir un régime sunnite signifie un Iran coupé du Liban».(6) Concluant son interview, Bani Sadr reprend les mêmes arguments que l'ambassadeur Kishore Mahboubani: «Il y a plusieurs grandes raisons à la crise de l'Occident paniqué face à la perspective d'une perte de son hégémonie au profit des nouveaux centres de puissance asiatiques ou euro-asiatiques, tels que la Chine, l'Inde, d'abord la baisse du niveau de vie des populations. (...) Autre problème essentiel: l'Occident a abandonné le contrôle de son économie aux marchés financiers. Selon des sources, aux Etats-Unis, l'argent est beaucoup plus investi sur les marchés financiers que dans l'économie réelle sur un rapport de 1 à 7».(6) Kishore Mahbubani, il décrit le déclin occidental aussi par la perte de ses propres valeurs. Pour lui, «le moment est venu de restructurer l'ordre mondial, l'Occident est dans l'incapacité à maintenir, à respecter et encore plus à renforcer les institutions qu'il a créées. Et l'amoralité avec laquelle il se comporte trop souvent sape davantage les structures et l'esprit de la gouvernance mondiale. C'est cette incapacité à exercer convenablement un leadership qui fait que l'Occident est aujourd'hui davantage le problème que la solution. « Les civilisations, disait Arnold Toynbee, ne sont pas assassinées, elles se suicident.» L'empire américain subit-il le même déclin que son prédécesseur britannique?. (...) Les Etats-Unis comprendront-ils cette leçon? Ou chercheront-ils à maintenir une domination globale par la seule puissance politique et militaire, engendrant ainsi toujours plus de désordre, de conflits et de barbarie?» A terme, on s'apercevra que les slogans creux des droits qui sont ceux exclusifs de l'homme blanc en Occident - encore qu'il faille noter que même dans ces sociétés la fracture est totale entre les nantis et les pauvres - vont s'effriter au fur et à mesure de la disparition de la puissance matérielle. «A Beastly Century», «un siècle bestial» est le terme, utilisé par Margaret Drabble, pour décrire le XXe siècle». (7) Si la guerre éclate, le premier mouvement de l'Iran serait de fermer le détroit d'Ormuz. 40% de pétrole du monde y transite. Entre la guerre et les sanctions, les prix du pétrole monteront en flèche peut-être à 300 $ et pousseront dans l'abîme une économie occidentale au bord du gouffre. La guerre nucléaire ne sera plus une vue de l'esprit. Elle devient une option sérieuse. On prête à Einstein cette boutade: « Je ne sais pas ce qui se passera après la troisième guerre mondiale, mais je suis sûr que la quatrième guerre se fera avec des pierres, des arcs et des flèches.» Nous sommes avertis. Notes 1. Pr Jules Dufour http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=5314 2. Joseph Watson et Yi Han: L'armée chinoise, programme de grosses manoeuvres militaires près du Pakistan. Mondialisation.ca, le 2 décembre 2011 5. Claude Jacqueline Herdhuin: Les Etats-Unis: le chien de garde du monde http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=28101 8 12 2011 | |
Thursday, December 8, 2011
Si Frantz Fanon revenait parmi nous... Il s'indignerait!
| Si Frantz Fanon revenait parmi nous... Il s'indignerait! Par Chems Eddine Chitour | |
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| «Une relecture dépassionnée et vigilante du message de Fanon pourrait contribuer à ouvrir aux forces vives algériennes leur propre voie démocratique et pacifique, pour une relance dynamique du processus de libération amorcé par l'appel du 1er Novembre 1954.» Sadek Hadjeres Il y a cinquante ans, mourait Frantz Fanon, emporté par une leucémie à l'âge de 36 ans. Peu d'Algériens connaissent Frantz Fanon qui s'est battu à en mourir pour l'indépendance de l'Algérie. Frantz Fanon est né à Fort-de-France, en Martinique, le 20 juillet 1925, il est mort le 6 décembre 1961. C'est un psychiatre et essayiste français. Il est l'un des fondateurs du courant de pensée tiers-mondiste. Il a cherché à analyser les conséquences psychologiques de la colonisation sur le colonisé. Dans ses livres les plus connus, il analyse le processus de décolonisation sous l'angle sociologique, philosophique et psychiatrique. Il met surtout le doigt sur la condition de l'indigène «sujet», spectateur de son destin façonné par le colon, il écrit: «La première chose que l'indigène apprend, c'est à rester à sa place, à ne pas dépasser les limites. C'est pourquoi les rêves de l'indigène sont des rêves musculaires, des rêves d'action, des rêves agressifs. (...) Pendant la colonisation, le colonisé n'arrête pas de se libérer entre neuf heures du soir et six heures du matin.» Anne Mathieu du Monde diplomatique décrit le sacerdoce de Fanon et explique le fil conducteur de la pensée fanonienne: «La thématique des «deux camps» évoquée par Fanon ne se limite pas à l'opposition entre ces deux couleurs de peau, mais s'inscrit dans le couple plus vaste des «oppresseurs» et des «opprimés». (...) Son dernier ouvrage, Les Damnés de la terre (1961), démontre que la «compartimentation» de la société raciste et/ou coloniale génère obligatoirement la production d'un langage raciste: «Parfois ce manichéisme va jusqu'au bout de sa logique et déshumanise le colonisé.» Autrement dit, comme le dénonçait Sartre lors de la Guerre d'Algérie, le système colonial en fait un «sous-homme». Fanon poursuit: «A proprement parler, il l'animalise. (...) On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la ville indigène, aux hordes, à la puanteur, au pullulement, au grouillement, aux gesticulations. (...) ce rythme végétal, tout cela fait partie du vocabulaire colonial.»(1) En réalité, Fanon n'a fait que décrire un état de fait, c'est bien le système colonial qui a créé les «zoos humains» pour divertir les Parisiens en mal d'exotisme et de voyeurisme. Force est de constater que celui-ci n'a pas totalement disparu de nos latitudes, comme la chanson Le Bruit et l'Odeur (1995) du groupe Zebda l'a rappelé à propos de propos de Jacques Chirac sur le bruit et l'odeur des immigrés africains... « «La «déshumanisation» de l'indigène poursuit Anne Mathieu, justifie le traitement qui lui est infligé: «Discipliner, dresser, mater et aujourd'hui pacifier sont les vocables les plus utilisés par les colonialistes dans les territoires occupés.» La Guerre d'Algérie n'est que la continuation paroxystique d'un système reposant sur la force et le mépris. Ainsi, l'introduction de L'An V de la révolution algérienne (1959) peut-elle souligner que, depuis le début de la guerre, « le colonialisme français] n'a reculé (...) devant aucun radicalisme, ni celui de la terreur, ni celui de la torture». Mauvais calcul: «Les répressions, loin de briser l'élan, scandent les progrès de la conscience nationale», analysent Les Damnés de la terre.»(1) Dans une préface lumineuse, Jean-Paul Sartre décortique Les Damnés de la Terre et complète l'analyse de Fanon quant à la condition faite à l'indigène: «Il n'y a pas si longtemps, la Terre comptait deux milliards d'habitants, soit cinq cent millions d'hommes et un milliard cinq cents millions d'indigènes. Les premiers disposaient du Verbe, les autres l'empruntaient. Entre ceux-là et ceux-ci, des roitelets vendus, des féodaux, une fausse bourgeoisie forgée de toutes pièces servaient d'intermédiaires.(...) L'élite européenne entreprit de fabriquer un indigénat d'élite; on sélectionnait des adolescents, on leur marquait sur le front, au fer rouge, les principes de la culture occidentale, on leur fourrait dans la bouche des bâillons sonores, grands mots pâteux qui collaient aux dents; après un bref séjour en métropole, on les renvoyait chez eux, truqués. Ces mensonges vivants n'avaient plus rien à dire à leurs frères; ils résonnaient. C'était l'âge d'or.»(2) «(...) Ce livre n'avait nul besoin d'une préface poursuit Sartre. (..) Nous aussi, gens de l'Europe, on nous décolonise: cela veut dire qu'on extirpe par une opération sanglante le colon qui est en chacun de nous. Regardons-nous, si nous en avons le courage, et voyons ce qu'il advient de nous. (...) ce n'était qu'une idéologie menteuse, l'exquise justification du pillage; ses tendresses et sa préciosité cautionnaient nos agressions. Ils ont bonne mine, les non-violents: ni victimes ni bourreaux! (...) Quand l'Armée où vos jeunes frères ont servi, sans hésitation ni remords, ont entrepris un «génocide», vous êtes indubitablement des bourreaux. (...) Vous savez bien que nous sommes des exploiteurs. Vous savez bien que nous avons pris l'or et les métaux puis le pétrole des «continents neufs» et que nous les avons ramenés dans les vieilles métropoles. Non sans d'excellents résultats: des palais, des cathédrales, des capitales industrielles; et puis quand la crise menaçait, les marchés coloniaux étaient là pour l'amortir ou la détourner. L'Europe, gavée de richesses, accorde de jure l'humanité à tous ses habitants: un homme, chez nous, ça veut dire un complice puisque nous avons tous profité de l'exploitation coloniale. (...) Nos chères valeurs perdent leurs ailes; à les regarder de près, on n'en trouvera pas une qui ne soit tachée de sang. S'il nous faut un exemple, rappelez-vous ces grands mots: que c'est généreux, la France! Généreux, nous? Et Sétif? Et ces huit années de guerre féroce qui ont coûté la vie à plus d'un million d'Algériens? Et la gégène?. (...) Nous avons été les semeurs de vent; la tempête, c'est lui. Fils de la violence, il puise en elle à chaque instant son humanité.»(2) A côté de ces textes atemporels, que lisons-nous maintenant? Des prophètes qui disent aux Européens, ne regrettez rien, persistez et signez: vous étiez dans votre bon droit comme au temps de Cecil Rhodes, de Jules Ferry et son «devoir des races supérieures» comme le propose Pascal Bruckner dans un essai écrit en 1983 «Le Sanglot de l'homme blanc». Rejetez la culpabilité, et la «haine de soi». Dénoncez comme Bruckner «le sentimentalisme tiers-mondiste- remise en question du tiers-mondisme au tournant des années 1970 -1980 - d'une frange de la gauche occidentale qui se complait dans une auto-culpabilisation à bon compte. Fanon et Sartre avaient tort! Le clou du nihilisme a été enfoncé avec «la tyrannie de la repentance», ouvrage qui a consolidé le discours du président Sarkozy, notamment quant à Dakar où il a accusé l'Africain de ne pas encore être sorti de l'histoire. Frantz Fanon a dû certainement se retourner dans sa tombe et qui aurait pu lui répondre ceci: «Le peuple colonisé est idéologiquement présenté comme un peuple arrêté dans son évolution, imperméable à la raison, incapable de diriger ses propres affaires, exigeant la présence permanente d'une direction.(...) on a bien l'impression que pour ces peuples, l'humanité a commencé avec l'arrivée de ces valeureux colons.» Si Frantz Fanon revenait parmi nous Pourtant, cinquante ans après sa mort, le message de Fanon n'a pas pris une ride. Le colonialisme du Web 2.0 est toujours en action, sous un autre habit, le postcolonialisme a donné lieu à un avatar tout aussi prédateur, le néocolonialisme au nom d'une mondialisation laminoir et sans état d'âme. Dans une contribution du Monde nous lisons: « Dans le panthéon révolutionnaire qui s'élabore dès le milieu des années 1950, Fanon se situe clairement aux côtés de Ho Chi Minh, de Che Guevara et des autres grandes figures du monde nouveau. Les Damnés de la terre ont été, et sont encore, la Bible des mouvements tiers-mondistes. Mais Frantz Fanon gêne, aujourd'hui comme hier. En décembre 1961, quand la nouvelle de son décès parvint à Paris, la police commença à saisir les exemplaires des Damnés de la terre, qui «menaçaient la sécurité de l'Etat» »(4). « A la Martinique, la terre où il vit le jour, Fanon dérange également. Certes, une avenue porte son nom à Fort-de-France, mais dans cette colonie, qui a choisi la voie de l'»assimilation», et qui est devenue département français, Fanon suscite le malaise. Lui, il est allé jusqu'au bout du combat de libération nationale, et il a défendu, sur le sol même de l'Algérie, la cause de l'indépendance. A la Martinique, on a plus ou moins renoncé à cette idée, non sans remords parfois. Du coup, face à Fanon, on est embarrassé. On préfère l'oublier. Et en Algérie? En toute logique, il devrait être là-bas un héros national, lui qui fut un cadre du FLN. Mais le nationalisme algérien se définit comme arabo-islamique, et il est très difficile d'y inclure en bonne place un homme noir, étranger, qui plus est agnostique. Bref, personne ne sait s'il faut voir en Fanon un «Martiniquais», un «Français», un «Algérien», un «Africain», un «Noir»; personne ne peut, ou ne veut, tout à fait se l'approprier. Serait-il donc lui-même un «damné»?»(4) « Fanon, dit-on parfois en France, serait un auteur dépassé. Vraiment? Quelle lumière crue jette pourtant son oeuvre sur nos débats contemporains! Sur la question du voile, par exemple, il n'est que délire L'An V de la révolution algérienne (1959). A mi-chemin entre l'enquête ethnographique, le reportage de guerre et le traité politique, ce livre hallucinant donne à comprendre mieux que tout autre ce que fut l'Algérie de ces «années de braise». Entre autres choses, Fanon met en évidence la «rage» des colons à vouloir dévoiler les Algériennes, des colons mus à la fois par des pulsions érotiques et par des mobiles politiques. (...) Des campagnes d'occidentalisation de la femme algérienne sont organisées: «Des domestiques menacées de renvoi, de pauvres femmes arrachées de leur foyer, des prostituées sont conduites sur la place publique et symboliquement dévoilées aux cris de «Vive l'Algérie française!»» Comment ne pas voir, dans certaines positions extrêmes sur la laïcité, à l'extrême droite et au-delà, les rémanences d'une domination postcoloniale? Quand il évoque, enfin, l'expérience du Noir, être-pour-autrui, expérience assez semblable en somme à celle du juif, comme l'analyse Jean-Paul Sartre. Qui lui dit un jour: «Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l'oreille, on parle de vous.» Actualité de Frantz Fanon encore, lorsqu'il évoque les «damnés de la terre», et que nous voyons, ici et là, les «indignés» du monde, du Nord et du Sud, de Wall Street à la Puerta del Sol. (...) On lit Fanon, on prend son crayon, on commence à souligner les passages mémorables, on vibre, on bout, puis on arrête. C'est tout le livre qu'il faudrait souligner...(4) Frantz Fanon et l'Algérie Dès le début de la guerre de Libération nationale du 1er Novembre 1954 en Algérie, Frantz Fanon s'engage auprès de la résistance nationaliste et noue des contacts avec des officiers de l'Armée de libération nationale (ALN) ainsi qu'avec la direction politique du FLN. Expulsé d'Algérie en 1957, il rejoint le FLN à Tunis, où il collabore à son organe central de presse El Moudjahid. En 1959, il fait partie de la délégation algérienne au Congrès panafricain d'Accra, au Ghana. En mars 1960, il sera nommé ambassadeur du Gouvernement provisoire de la République algérienne au Ghana. Se sachant atteint d'une leucémie, il se retire à Washington pour écrire les Damnés de la terre. Frantz Fanon est mort le 6 décembre 1961 quelques mois avant l'indépendance de l'Algérie. Conformément à son voeu d'être enterré en terre algérienne, sa dépouille sera inhumée au cimetière des chouhada près de la frontière algéro-tunisienne, dans la commune d'Aïn Kerma.(5) «Près d'un demi-siècle après la mort de Frantz Fanon, que reste-t-il, en Algérie, sa patrie d'intellectuel et de militant révolutionnaire, que reste-t-il de son message. Du message délivré dans l'urgence, à l'orée d'une mort certaine annoncée. Presque rien, ou pas grand-chose, puisque lors d'une récente conférence consacrée aux «intellectuels et au pouvoir en Algérie», son nom, aux dires de certains, ne fut même pas prononcé. Est-ce dû au grand refoulement dont il fut victime, comme le dit Alice Cherki dans le remarquable portrait qu'elle en dressa, tout juste estompé par un colloque organisé en 1987?».(6) Une histoire poignante rapportée par Djillali Khellas raconte la déchéance de Josie Fanon de la main d'Algériens à qui on n'a pas appris le sens du sacré, l'honneur et le respect que l'on doit à ces géants qui sont morts pour l'Algérie. Ecoutons-le: «(...) Soudain, au sortir de la place Emir-Abdelkader, (...) ma route est bloquée net par un attroupement. (..) Mais ô malheur, je découvre, l'instant d'après, qu'une femme gisait par terre. Elle était, d'après son teint, de type européen ou kabyle. (...) Tout de suite, j'ai remarqué avec horreur que son visage était plein de crachats gluants, verdâtres: «Le récit de ses yeux se mélangeant aux crachats répugnants! (...) J'ai commencé maladroitement à essuyer les crachats dégoûtants de son beau visage. (...) Ô malheur! La femme agressée (par qui? Et pourquoi?). A 10 ou 15 mètres, elle héla un taxi. Elle y monta péniblement. (...) Trois jours après, j'ai vu la photo de «la dame agressée» (par des inconnus?) sur les premières pages de la presse algérienne de l'époque! Il y était écrit en gras sous sa photo: «Josie Fanon s'est suicidée.» Ah! Mon Dieu! C'était donc elle «la dame agressée», il y a quelques jours, près de la place Emir-Abdelkader! Quelle horrible, quelle lugubre coïncidence! près de la statue de cet homme de dialogue, cet homme qui a défendu en 1860 au prix de sa vie et de celle des membres de sa famille, les chrétiens de Damas menacés de génocide»!(7) Ceux qui ont connu Josie Fanon gardent d'elle l'image de la journaliste qu'elle fut et qui était le témoin de Fanon. Elle était la compagne qui l'a suivi quand il a été affecté comme médecin-chef à l'hôpital psychiatrique de Blida. La militante enfin qui s'est engagée, avec lui, sans hésitation aucune dans le combat pour la liberté, pour l'Algérie. Nous autres Algériens nous avons failli, nous n'avons pas honoré sa mémoire et le solde de tout compte d'une baptisation d'un hôpital ou d'un lycée laisse notre responsabilité entière d'autant que nous n'avons pas su entretenir sa mémoire en permettant à sa femme qui a apporté sa part au combat pour la libération du pays, de vivre en dignité dans ce pays où elle a décidé de finir ses jours. C'est dire si quelque part, nous avons failli envers ce géant qui voulait, comme il l'écrit, mourir pour l'Algérie. «Nous ne sommes rien sur cette terre si nous ne sommes d'abord les esclaves d'une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté. Je veux que vous sachiez que même au moment où les médecins avaient désespéré, je pensais encore, oh! dans le brouillard, je pensais au peuple algérien, aux peuples du Tiers-Monde et si j'ai tenu, c'est à cause d'eux.»(8) Tout est dit. Repose en paix, Frantz Fanon , que la Terre te soit légère et puissions-nous nous inspirer plus que jamais de ton combat qui est toujours actuel et nous ressourcer à ton idéal en te réhabilitant. Notes/Références 1. Anne Mathieu Frantz Fanon, http://www.monde-diplomatique.fr/2009/03/Mathieu/16934 2. Jean-Paul Sartre: Extraits de la préface du livre de Frantz Fanon, 3. L'An V de la révolution algérienne (1959), Frantz Fanon, éd. La Découverte, 2001, p.176 4. Frantz Fanon. La colère vive Critique | Le Monde des Livres 03.11.11 | |
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